Repères biographiques

21 avril 1920 : naissance à Denain en France d’Edmond, Jules, Victor Dubrunfaut. Ses parents, Jules Dubrunfaut (Calonne 1883-Tournai 1948) et Céline Gille (Calonne 1890-Calonne 1924), mariés à Paris, en 1917 s’installent ensuite à Calonne (1) près d’Antoing. Son père exerce la profession de piqueur de cimenteries et est, avec son oncle, très engagé dans le syndicalisme.

1924 : Le 1er avril, sa mère meurt des suites d’une grippe. Sa tante Louisa (1878-1963) qu’il appelle Manza, l’une des sœurs de sa mère, prendra soin de son éducation et de celle de sa sœur.

1932 : premier séjour à Paris chez sa tante Marie, autre sœur de sa mère, chef cuisinière chez les Soffard, apparentés aux Rotschild.

1935 : à la rentrée de septembre, s’inscrit à l’Académie des Beaux-Arts de Tournai, sous le numéro 43, dans la section peinture et suit les cours de modelage, de dessin avec Jean Leroy (2) (1896-1939) et de peinture avec Léonce Pion (3) (1896-1982).

1937 : deuxième séjour à Paris. Il rencontre Ravel et Kees Van Dongen grâce à Madame Soffard. Il visite avec son professeur Jean Leroy l’Exposition internationale des Arts et Techniques dans la vie moderne (4). La part de l’art monumental était extrêmement importante dans cette exposition, notamment par les interventions d’Albert Gleizes, Fernand Léger, Raoul Dufy et Robert Delaunay. Découverte des travaux de Charles Counhaye (5) (céramiques murales) dans le pavillon de la Belgique. Mais l’œuvre choc est Guernica  de Picasso, peinture murale pour le Pavillon espagnol. Premiers cartons de tapisseries dont le faisan doré (détruit en 1940) et Le fourmilier.

Picasso, Guernica, 1937, 349cm x 777cm
Charles Counhaye, peintre, graveur, décorateur
ED, le fourmilier (carton 1936)

1938 : obtient son diplôme du 4e degré à l’Ecole communale de Tournai.

1939-1940 : le 22 avril 1939, il commence son service militaire comme simple soldat sous le matricule 127.89282 au 3e Régiment des chasseurs à pied. Il accepte d’emblée un service prolongé de dix-huit mois dont le terme est prévu le 30 mai 1940. Mobilisé sur le canal Albert, il participe activement aux combats durant les 18 jours comme observateur dans les canons anti-chars de 47mm., redoutés par l’armée allemande. Après plusieurs contacts avec l’ennemi où il verra ses camarades tués à ses côtés, il fera la retraite jusqu’à l’Yser. Il est ensuite arrêté par les Allemands et acheminé sur Roulers, puis sur la gare de Courtrai d’où il s’enfuit avant d’être repris et emmené en camion à Renaix. Enfermé dans une usine textile, il s’échappe pour rejoindre Calonne, à pied, où il arrive au début du mois de juin 1940 et trouve la maison familiale en partie détruite et tous les papiers brûlés.

1940-1943 : Dubrunfaut suit les cours de peinture décorative et monumentale de Charles Counhaye (1884-1971) à l’École nationale supérieure d’Architecture et des Arts décoratifs de La Cambre. En octobre 1943, il présente Le pain et le vin à l’Exposition nationale de Tapisseries au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles. De 1941 à 1947, son premier atelier bruxellois est situé rue des Liégeois à Ixelles

1943-1945 : il participe à des campagnes photographiques du Service de la Documentation belge, sous la direction de Paul Coremans (6) (1908-1965). Pendant cette période, il dessine les 50 Témoignages puis Les résistants, Les carriers et Les cimentiers. Sensibilisé à la tapisserie depuis l’enfance, il met sur pied deux ateliers de tapisserie à Tournai : les ateliers Claudine Leroy (fin 1942) et Robert Taquet (1945). A l’issue de la guerre, il se lie avec Roger Somville (7) (1923) puis Louis Deltour (8) (1927-1998).

ED-50-temoignages-web
"Les 50 témoignages"
Louis Deltour (1927-1998)
Roger Somville (1923-2014) devant la fresque du Palais de Justice, peinte en 1949 avec Ed. Dubrunfaut et Louis Deltour (Forces Murales)

1945 : 23 juillet, épouse Irène Van Elslande (1922-2007), rencontrée à La Cambre où elle était étudiante dans l’atelier de reliure et dont il aura deux enfants Paul (1959) et Carine (1963). Rédaction du Manifeste pour l’art mural, suivi de Pour la rénovation de la tapisserie de haute et basse lisse en Belgique.

1946 : Appel aux peintres et aux manufacturiers. Visite dans son atelier de Jean Lurçat (1892-1966) (9) , venu à Bruxelles à l’occasion de l’exposition La tapisserie française du Moyen Âge à nos jours. Admis à la Jeune Peinture belge (10) le 28 février, il présentera des cartons de tapisserie dans les expositions du groupe.

1947 : crée avec Louis Deltour et Roger Somville le Centre de Rénovation de la Tapisserie de Tournai. Installe son atelier au 16 avenue des Mésanges à Auderghem. Rencontre de Paul-Henri Spaak (1899-1972) (11) et commande de 300 m² de tapisseries destinées aux ambassades belges. Au mois de novembre, création du groupe Forces murales et rédaction du Manifeste de Forces murales avec la collaboration de Léon-Louis Sosset (12), secrétaire du Centre de Rénovation de la Tapisserie de Tournai.

Paul-Henri Spaak (1899-1972), ministre des affaires étrangères
Jean-Lurçat (1892-1966) Le Guerrier,1949, tapisserie, 139x85cm
Léon-Louis Sosset, critique d'art (1923-1994)

1947-1953 : travaux de Forces murales. En 1949 : fresques du Palais de Justice de Bruxelles sur le thème de la Vie des Pêcheurs. Réalisation d’une série de tissus peints.

1948-1978 : professeur à l’Académie royale des Beaux-Arts de Mons.

1949 : s’installe à Tervuren au 11 Kasteelstraat (à l’époque, rue du Château).

1953-1959 : Forces murales se réduit à Dubrunfaut et Somville. Cartons de tapisserie pour le Gouvernement provincial du Brabant à Bruxelles. Hommage aux constructeurs et Hommage aux visiteurs, peintures murales au polyester sur aluminium pour l’Exposition Universelle de Bruxelles en 1958 (160 m²).

1954 : membre fondateur du groupe Art et Réalité (13) avec Raymond Coumans, Serge Creuz, Robert Delnest, Rik Slabbinck, Roger Somville, Louis Tournay et Paul Van Thienen.

1955 : Le retour, premier carton d’une série de 60 tapisseries formant la série Les temps de l’homme.

1960-1992 : 800 tapisseries installées dans des bâtiments publics ou collectionnées par des particuliers.

"Dans les dunes" croquis au fusain en atelier
"Dans les dunes", détail, 1960, calque chiffré
"Dans les dunes" (détail tissé)
"Dans les dunes", tissé, 1960, 210 x 340cm, Atelier De Wit (Malines)

1966 : avec André Houfflin et Alain Rousseau, fresques de la Maison communale d’Erquelinnes (100 m²).

1968 : création du groupe Cuesmes 68 (14) avec Agnès Arnould, Jean-Claude Faidherbe, Paule Herla, André Houfflin, Jacqueline Moulin, Alain Rousseau, Charly Vienne, Dany Vienne. Décoration aux résines d’acryl du réfectoire de l’École technique à Cuesmes (450 m²) illustrant quatre thèmes Le chantier naval, Le battage d’été, La rentrée des foins, Le Borinage.

1970 : Les jeunes et la vie, peintures aux résines d’acryl par le groupe Cuesmes 68 à l’intérieur et sur un mur extérieur de la Maison des Jeunes à Anderlecht (100 m²). Mythes et Réalités, série de lavis à l’encre de Chine.

1971 : Les hommes et la vie, ensemble de peintures aux résines de vinyle par le groupe de Cuesmes 68 pour l’Institut médico-chirurgical de Tournai (400 m²).

1972 : Les travailleurs syndiqués, voiles de polyester réalisés par Edmond Dubrunfaut et André Houfflin dans les escaliers des locaux de la F.G.T.B. à Tournai (11 m²). Le pays blanc, peintures aux résines d’acryl du groupe Cuesmes 68 pour le réfectoire des usines Cimescaut à Antoing (75 m²). Notre terre et le cosmos, peintures aux résines d’acryl par Dubrunfaut, Claude Biche, Paul Lembourg, Daniel Maroil dans une salle de l’École normale de l’État à Nivelles.

1973 : L’arbre de vie et les âges de l’homme, peintures aux résines d’acryl par Dubrunfaut et André Houfflin dans la salle des Mariages de la Maison communale de Marchienne-au-Pont (50 m²). Avec André Houfflin également, Les étapes de la lutte syndicale, peintures aux résines d’acryl sur fibres synthétiques pour les locaux de la C.G.S.P. – Bruxelles F.G.T.B. (16,8 m²).

1974 : Notre environnement, par le groupe de Cuesmes 68, série de peintures aux résines d’acryl dans le réfectoire du Lycée de Morlanwelz (380 m²). La forêt est proche, peintures aux résines d’acryl, mosaïques, céramiques et béton polychromé, réalisés par Dubrunfaut, Ann Cape, Daniel Maroil et C. Podolski dans une série de petits immeubles du Logis à Watermael-Boitsfort entre 1974 et 1979 (201 m²). Ainsi va la vie, émaux de grand feu sur acier, œuvre de Dubrunfaut seul pour l’Institut royal du Patrimoine artistique à Bruxelles.

1975 : La récolte des tournesols, peintures aux résines d’acryl de Dubrunfaut et Daniel Maroil pour la Crèche communale d’Obourg-Mons (10 m²). Notre siècle, émaux sur acier par Dubrunfaut seul pour le bassin de natation Quinot à Nivelles (40 m²).

"Le retour" (détail)
"Le retour",1955-59, 200x300cm, Atelier De Wit (Malines), 1ère tapisserie de la série "Les Temps de l'Homme"

1976 : En nous regardant vivre, émaux sur acier par Dubrunfaut, Alain Rousseau, Charly Vienne, André Hupet, Daniel Maroil et Jean-Paul Piron, dans les jardins des Anciens établissements Labor à Mons (70 m²). Le monde du travail, hier, aujourd’hui et demain, émaux de grand feu sur acier par Dubrunfaut, Monique Cornil, André Houfflin, Daniel Maroil, Alain Rousseau et les travailleurs des Anciens établissements Crahay, pour les locaux de la F.G.T.B. de Charleroi (140 m²).

1977 : Le remembrement des terres, peintures aux résines d’acryl du groupe Cuesmes 68 pour la Société nationale du logement à Mons (85 m²). Les portes de notre monde, peintures aux résines d’acryl par le groupe Cuesmes 68 au Foyer anderlechtois à Anderlecht (540 m²). U.C.L. 550e, tapisserie pour les Halles universitaires de Louvain-la-Neuve (16 m²).

1978 : 8 février, initié au grade d’Apprenti dans la Loge Action et Solidarité n° 3 à Bruxelles. Passe au grade de Compagnon le 2 mai 1979, puis au grade de Maître le 19 novembre 1980.

1979 : Les mémoires d’un peuple, peintures aux résines d’acryl au Foyer socio-culturel d’Antoing (120 m²). Désormais, Dubrunfaut travaille pratiquement seul.

1979-1980 : avec Norbert Gadenne (15), implantation à Tournai de la Fondation de la Tapisserie, des Arts du Tissu et des Arts muraux de la Communauté française de Belgique, a.s.b.l.

1980 : Six temps de l’action ouvrière et syndicale, peintures aux résines d’acryl pour la salle de réunion des locaux de la F.G.T.B. à Tournai (42 m²).

1981 : membre fondateur du Domaine de la Lice (16).

1981-1986 : Les marais , La grande oseraie, La vannerie, Le grand passage, céramiques et tapisseries pour le bassin de natation de Kain-Tournai (113 m²).

1981-1982 : Le paradis perdu, peintures aux résines d’acryl pour l’immeuble du Foyer bruxellois – La Marolle (200 m²).

1981-1983 : La terre en fleurs, notre espoir, tapisserie, Les hommes morcelés, céramique, Prendre le temps d’aimer, Le temps de la main, émaux sur acier pour la station de métro – Passage Louise, Bruxelles (136 m²).

1985 : La paix des vergers, céramique pour le Centre de protection civile à Ghlin (75 m²). Une journée d’été en 1984, céramique pour l’École solaire de Tournai (11,2 m²).

1986 : Premiers ébats, grès de grand feu pour la façade de la maison Leblois à Tilly (19 m²).

1986-1987 : La ligne de vie, céramique et peintures aux résines d’acryl pour le passage sous voies de la gare de Tournai (1475 m²).

Emaux sur acier, entrée métro Louise (Bruxelles)
Emaux sur acier, entrée métro Louise (Bruxelles)
céramique et peintures aux résines d’acryl pour le passage sous voies de la gare de Tournai (1475 m²).

1987 : Les quatre Âges de la vie ou Le monde de la lecture publique, tapisserie pour la Bibliothèque principale du Brabant wallon à Nivelles (13 m²).

1988-1989-1998 : Le long de l’Escaut, céramiques pour le café Le Scaldis à Antoing (38 m²).

1989 : Mythes et fantasmes, série de lavis à l’encre de Chine.

1991-1992 : Mes voyages, lavis à l’encre de Chine, huiles et acryl.

1992-1994 : 150 Cris du Monde, série de lavis à l’encre de Chine.

1993 : Le carnaval, Les trois masques, La grande tannerie, Nouveau départ, peintures murales aux acryls pour les locaux de la régionale bruxelloise de la C.G.S.P. – A.C.O.D. à Bruxelles (36,43 m²).

1995-1996 : A la rencontre des chemins et des hommes, céramiques avec Dominique Vandenbroeke, rond-point de Bruyelle à Antoing (85 m²). Le retour des fantasmes, lavis à l’encre de Chine. 50 portraits du temps présent, lavis à l’encre de Chine.

1996 : Que vive la terre, acryl avec I. Constantin, Bernard Dewasme et Dominique Vandenbroeke et Symbole de l’action humaine, 3 pierres, mur antibruit du TGV à Péronnes (150,8 m²). Visages du temps qui passe, 50 lavis à l’encre de Chine.

1995-1998 : Les générations : Jeunesse en fleurs, peinture aux acryls sur éternit placée sur un mur devant l’École primaire de Calonne (12,5 m²).

1996-1999 : Installations diverses sur les sites aménagés pour les travaux du TGV dans la région d’Antoing : Rond-point du mur du TGV : Centre symbolique de la cité, 1 pierre ; Espace Paul Duvigneaud : Symboles de l’interaction des sciences, des techniques et des arts, 7 pierres ; Cinq carrières : Symbole des 5 rocs, 5 pierres ; Rond-point des droits de l’homme et de l’enfant, 11 pierres peintes en blanc ; Symbole des luttes sociales, 9 pierres, rond-point du Maugré.

1997 : Le pays blanc – blanc pays, 30 lavis à l’encre de Chine. Artiste engagé, très attaché au Pays Blanc, à la terre des Roctiers, il a transmis un témoignage social et réaliste à travers ses nombreuses œuvres (dessins, aquarelles, peintures, tapisseries, céramiques…). À travers ses réalisations, son message reste universel : nécessité d’un dialogue, , d’une entraide entre les hommes. Pour lui, la sauvegarde de l’humanité passe par le respect et l’intelligence de l’environnement. Les chants d’Eros, 54 lavis à l’encre de Chine.om

2000 : Les acteurs du Maugré, avec Bernard Dewasme et Dominique Vandenbroeke, acryl, Maubray (72,5 m²). Têtes du temps qui fuit, lavis à l’encre de Chine. Figures du temps des voyages, lavis à l’encre de Chine.

2001 : Images du temps perdu, lavis à l’encre de Chine. Physionomies du temps des champions, lavis à l’encre de Chine. Personnalités du temps des stars, lavis à l’encre de Chine.

2002 : Alexandre Blok, Les douze, série de 12 lavis à l’encre de Chine.

2003 : Dubrunfaut et Somville décident de confier une partie des créations de Forces Murales à l’Institut d’Histoire Ouvrière et Sociale de Seraing (IHOES)

2007 : 21 mars, décès d’Irène Dubrunfaut. Dernière série de lavis à l’encre de Chine. 13 juillet, décès d’Edmond Dubrunfaut à Furnes.

Au siècle dernier, l’activité principale du village de Calonne consistait en l’exploitation des cimenteries et la fabrication de la chaux. La couleur de la matière première inspira le surnom de cette région : « Le pays blanc ».

Calonne : la cimenterie.

Hubert Juin, dans sa monographie Edmond Dubrunfaut et la recherche de liens communs (André De Rache éditeur, 1982, p. 58-59) nous offre cette très belle description du village :

« Calonne est un petit village industrieux et industriel. Les maisons y sont tapies sous une couverture blanche. (…) Il y a, dans la courette, la pompe à eau où les hommes, rentrés du travail, se décrassent, – et, derrière, le petit jardin, à la fois potager et d’agrément. C’est que le peuple du Pays Blanc, semblable à cela à celui du Borinage, accorde de l’importance à la beauté de l’arbre et la tendresse de l’herbe. Les ouvriers y travaillent avec le ciel pour toit, mais la poussière blanche unit la vie. Ils descendent dans les gisements à ciel ouvert. Ou bien, redoutables Pierrots blancs, tressautent au rythme des cimenteries. D’autres encore s’affairent aux fours à chaux. Ils ne sont jamais seuls. Tout est ici travail d’équipe et réclame, pour être bien fait, une sorte de fraternité dans la répartition des charges, dans l’équilibre de la besogne ».

Dès sa petite enfance, Edmond Dubrunfaut fut impressionné par les grands fours à chaux qui foisonnaient dans la région. Fils d’ouvrier, il côtoya très vite ce monde-là ainsi que celui du syndicalisme. Ce lieu et cette époque le marquèrent pour toujours et il leur resta très attaché tout au long de sa longue vie. Bien souvent, on retrouve les grands fours dressés « comme des pyramides aztèques » au sein de dessins ou de lithographies. Le « pays blanc » sera même le titre d’une série de dessins qu’il réalisera en illustration d’un recueil de poèmes de Micheline Debailleul (Pays Blanc – Blanc Pays). Le monde des ouvriers sera quant à lui un thème récurrent dans nombre de ses tapisseries et réalisations murales. De plus, la démarche artistique d’Edmond Dubrunfaut elle-même fut une réflexion sur l’accessibilité de l’art aux personnes qui bien souvent y sont étrangères, dont les ouvriers. « Mettre l’art où passent et vivent les hommes » répondait à des idéaux syndicaux transposés au monde culturel.

Jean Leroy

Jean Leroy (1896-1939) suivit des cours de violon à l’académie des Beaux-arts de Tournai, et ensuite des cours de peinture, de dessin et de sculpture. Dans les années 1920, il installe un atelier de peintre en bâtiment où il réalise entre autres des décors de théâtre. En 1925, une bourse lui permet de partir travailler à Paris. Mais il revient vite à Tournai pour des raisons familiales. Les années ’30 voient Jean Leroy devenir professeur de dessin, discipline dans laquelle il excelle, à l’académie des Beaux-arts de Tournai. Il joua un rôle important dans la formation artistique d’Edmond Dubrunfaut. Au-delà de la formation technique du dessin, il le familiarisa davantage encore avec l’art monumental puisqu’il avait lui-même décoré plusieurs églises, dont celle d’Épinoy dans le Pas-de-Calais et celle de Bléharies dans le Tournaisis, de l’architecte Henri Lacoste. C’est également lui qui accompagna le jeune Edmond Dubrunfaut à l’exposition universelle de Paris de 1937 où l’art monumental occupait une place prépondérante. Malheureusement la maladie emporta le professeur deux ans plus tard.

l’Exposition internationale des Arts et Techniques dans la vie moderne, Paris, du 25 mai au 25 novembre 1937.

Cette exposition se voulait placée sous le signe de la paix et entendait montrer que les arts et les techniques ne s’opposent pas mais au contraire se complètent. Cependant elle était aussi le siège d’un affrontement symbolique entre l’Allemagne nazie et l’URSS par l’intermédiaire de leurs pavillons plus impressionnants l’un que l’autre.

De nombreuses œuvres d’art présentées lors de cette exposition posaient la question de l’art mural et monumental. Et ce fut le déclic pour le jeune Edmond Dubrunfaut. C’était une céramique de Gromaire sur la façade du Pavillon de Sèvres, c’était La fée électricité de Raoul Dufy dans le pavillon de l’électricité, c’était une peinture de Robert Delaunay dialoguant avec les engins du pavillon de l’aviation. Dans le pavillon belge dessiné par Henry Van de Velde, c’étaient les céramiques de Charles Counhaye, et surtout les tapisseries de Rodolphe Strebelle, Edgard Tijtgat ou Marcel Laforêt. Terrible, Guernica de Picasso laissera une empreinte indélébile dans l’âme de Dubrunfaut : une œuvre monumentale, créée pour un lieu public et se basant sur un thème qui ne laisse pas indifférent.

Né à Verviers (1884-1971), il y suivit une formation au sein de ses académies avant de rejoindre Bruxelles où il se perfectionna dans l’atelier de Constant Montald. Commence à peindre dans l’esprit du fauvisme brabançon. D’esprit curieux et spéculatif, son art oscille entre l’explosion des couleurs pures débordant les contours et le souci constructif issu de la réflexion cubiste. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, le peintre qui s’adonne aussi aux arts décoratifs (fresques, vitraux, tapisseries), fait évoluer son art vers une schématisation dramatique du réel et cultive un clair-obscur de type expressionniste. Un intérêt pour la figure humaine porta l’artiste à transcrire d’un trait nerveux les attitudes et les caractères de ses contemporains. Devenu professeur à l’Ecole de La Cambre (Bruxelles), il eut une influence profonde sur quelques adeptes de la peinture monumentale à tendance sociale.

Counhaye a exercé une forte influence sur les conceptions artistiques d’Edmond Dubrunfaut. Après avoir découvert ses œuvres à l’exposition universelle, Dubrunfaut décida de s’inscrire à son cours d’art monumental à La Cambre. Les idéaux que le professeur enseignait entretenaient une relation d’amour-haine avec ceux du Bauhaus selon lesquels il fallait «rétablir l’harmonie entre les différentes activités de l’art, entre toutes les disciplines artisanales et artistiques, et les rendre entièrement solidaires d’une nouvelles conception de construire». L’idée de «synthèse des arts» que Dubrunfaut développera plus tard trouve ici un antécédent majeur.

On peut remarquer des idéaux communs au maître et à l’élève :

  • Ils défendaient tous deux un mouvement réaliste qui se fasse avec sérieux.
  • Il cherchaient à exposer dans des lieux inhabituels (hors des musées) pour aller à la rencontre du public
  • Ils incluaient le social dans l’art car selon eux l’art inclut la vie et la vie inclut le social
  •  Ils développèrent des thèmes communs : des  portraits, les images du travail, des vacances, de la femme, de la passion, les voyages, les paysages
  • Il avaient la même orientation politique de gauche et la même désillusion par rapport au réalisme socialiste soviétique
  • Ils mirent la même ardeur à défendre le muralisme et la tapisserie
  • même humanisme dans les thèmes abordés : p.ex. dessins sur le thème de la guerre
  • Ils ont le même intérêt dans un rendu réaliste mais pas mimétique où l’expressivité joue un rôle important (pas une copie servile de la nature) 
  •  Ils ont tous deux un grand intérêt pour les techniques du dessin : Counhaye réintroduit le dessin d’après modèle vivant à La Cambre.
  • Ils recourent tous deux à  des techniques traditionnelles
  • CC «aujourd’hui, il semble que l’homme réclame sa part de nourriture spirituelle et sentimentale»p61, ED «n’y aurait-il pas…»
  • ED « le dessin est une respiration permanente », CC : « Cet homme dont la respiration même était créatrice vivait pleinement quand il peignait ou dessinait »p68

Mais des divergences aussi

  • Charles Counhaye avait un caractère impulsif et à la fois bourru, avec des contradictions et des paroles salées, ce qui lui vaut d’être incompris ; contrairement à Dubrunfaut qui est beaucoup plus sociable.
  • Couhaye développe un intérêt pour les décors de théâtre, pour le religieux.

Paul Corremans

Paul Coremans (1908-1965) a étudié à la Faculté des sciences à l’Université Libre de Bruxelles et obtint un doctorat en 1932 dont la thèse s’intitule Sur le déplacement des électrolytes absorbés. Deux ans plus tard, Jean Capart qui était alors le conservateur des Musées Royaux d’art et d’histoire du Cinquantenaire lui propose de créer un laboratoire et de réorganiser les documents photographiques. Intéressé par les questions d’authenticité et de conservation préventive des œuvres d’art, il rédigea un article au sujet du conditionnement de l’air dans les musées. Un voyage aux Etats-Unis l’informa des avancées technologiques en la matière.

Au cours de la seconde guerre mondiale, Jean Capart demanda à Paul Coremans de mettre sur pied la campagne photographique en question, un recensement exhaustif d’œuvres d’art et de monuments belges. Cette campagne sera le noyau de la future photothèque de l’IRPA (Institut Royal du Patrimoine Artistique). La spoliation des biens culturels le poussa à publier un ouvrage sur La protection scientifique des œuvres d’art en temps de guerre. Consultant à l’Unesco et membre de l’Icom ( Conseil international des musées), il contribua à la création de l’IRPA (Institut Royal du Patrimoine Artistique kikirpa.be). Il devint professeur à l’Université de Gand en 1948. Son intérêt pour l’authentification des œuvres  le poussa à écrire un article à propos du « faux Vermeer » de Han van Meegeren.  En 1949, il fonda le Centre national de recherches “Primitifs flamands”. La restauration de l’Agneau mystique des frères Van Eyck qu’il supervisa trouva son aboutissement dans la publication de L’Agneau mystique au laboratoire. Examen et traitement (1953) dans les Contributions à l’étude des Primitifs flamands. Grâce à la Belgian American Educational Foundation, il participa à une série de séminaires sur l’art belge aux Etats-Unis.

Il reste reconnu sur la scène internationale comme un des plus importants promoteurs de la préservation du patrimoine.

Roger Somville (1923-2014) est un important compagnon de route d’Edmond Dubrunfaut. Il étudia à l’Académie Royale des Beaux-arts de Bruxelles et à La Cambre auprès de Charles Counhaye. Un même idéal les animait, celui de l’art mural à la portée de tous et l’utopie d’un monde meilleur qui pourrait être créé par une société marxiste qu’ils revendiquaient. Ils fondèrrent ensemble la Société coopérative de la Tapisserie de Tournai (1946), ainsi que Forces Murales (1947). Le style des deux artistes, bien que reconnaissable est à cette époque est très proche et témoigne de leur entreprise commune.

Le thème de la guerre est également une pierre d’achoppement des deux artistes qui ont tous deux réalisé des séries de dessins et d’œuvres monumentales dénonçant cette barbarie. En 1951, Somville fonde La céramique de Dour. Si dès 1959, le groupe Forces Murales disparaît pour cause de divergences, les deux artistes se retrouvent co-fondateurs du Mouvement réaliste en 1969. Somville participera encore à la création du Collectif d’art public en 1979. Très prolifique, Roger Somville est l’auteur de nombreuses œuvres murales, notamment  Notre temps à la station de métro Hankar (600 m2, 1974/76) à Bruxelles et Qu’est-ce qu’un intellectuel ? à l’Université Catholique de Louvain-la-Neuve (400 m2, 1987). Il est l’auteur de nombreuses tapisseries dont  Le Triomphe de la Paix  aux Communautés Européennes à Bruxelles (80 m2, 1963) . Il reçoit le Prix Koopal en 1957 et le Prix de la Critique (1968-69) avec Hans Bellmer. Il travaille dans son atelier de Tervuren depuis 1948 et dans celui d’Olmet (Puy-de-Dôme, France) depuis 1958.

Jean Lurçat

Jean Lurçat (1892-1966) est un artiste français surtout connu comme le rénovateur de la tapisserie contemporaine en France. Il découvrit ce moyen d’expression en 1915 lorsqu’il tomba ébahi devant l’Apocalypse d’Angers. Il fit une première tentative de tapisserie d’après une de ses peintures. Mais il fut déçu du résultat qu’il considéra comme « un succédané d’aquarelle brodée ». Il recommença et aboutit à «une seconde tapisserie, encore bégayante et imparfaite, mais qui n’était plus une «copie» de peinture» (p.28 Claude ROY, Lurçat).

En 1921-22, il rencontre Madame Cuttoli qui rêvait aussi de faire renaître la tapisserie (toutes les sources vont dans le même sens : il ne faut plus que la tapisserie soit une copie servile de la peinture, mais qu’elle retrouve une technique propre à elle-même ainsi qu’une esthétique particulière). Le problème de la tapisserie à cette époque est qu’elle veut copier les moindres dégradés et intonations de la peinture. Elle est dès lors très longue à réaliser et a un prix très élevé.

La rencontre de Lurçat avec François Tallard qui possède une manufacture de tapisserie à Aubusson se révèle déterminante. Ensemble, ils décident de diminuer la quantité de tons (et donc de fils de laine) à 45 contre des centaines dans ce qui se fait à l’époque. Ils décident de prendre le problème à l’envers : il suffit de créer le carton en fonction des tons choisis (et pas le contraire). Ils s’inspirent de la tapisserie d’Angers qui avait été réalisée assez rapidement et pour un prix abordable.

Eléments techniques : les cartons de tapisseries utilisent le principe des tons comptés (couleurs plus éclatantes) pour compenser l’affaiblissement chromatique résultant de la cannelure.

Eléments stylistiques :

  • Il supprime les bordures
  • Il utilise des fonds unis afin de libérer de l’espace, dans le but de raconter une histoire.
  • Il représente les humains et des allégories, un monde idyllique auquel il croit.

Sans se consulter et sans le savoir, Lurçat et  Dubrunfaut suivent le même cheminement pour arriver à un réel renouveau de la tapisserie.

 

La jeune peinture belge

La jeune peinture belge(1945-1948)  est une association artistique belge. Malgré sa brève première existence, elle tient une place majeure dans l’histoire de l’art de l’après-guerre de la Belgique.

Fondée à l’initiative de l’historien et critique d’art Robert Delevoy, créateur et directeur de la galerie Apollo, et par de jeunes artistes, parmi lesquels le sculpteur Willy Anthoons, les peintres René BarbaixGaston BertrandAnne BonnetJan CoxJames Ensor, qui en fut le président d’honneur.

Plus tard, Pierre AlechinskyJean MiloAntoine MortierLuc Peire, ainsi que Georges CollignonSerge CreuzJo DelahautEdmond DubrunfautKurt LewyJules LismondeJean Rets rejoindront l’association.

Avec son objet « Servir l’art belge vivant, sans préjudice d’école et de tendance », la Jeune Peinture belge a encouragé le travail de jeunes artistes belges et permis, tant à l’intérieur de la Belgique qu’à l’étranger, leur participation à d’importantes expositions (AmsterdamBordeauxBuenos AiresStockholmZurich), favorisant ainsi leur promotion.

Groupe particulièrement hétérogène, de nombreux styles, du postimpressionnisme aux différents courants de l’art abstrait, (abstractions lyrique, géométrique), y sont représentés. 

Le prix de la Jeune Peinture belge, est un concours biennal qui récompense les artistes âgés de moins de 35 ans pour leurs créations en art plastique. Les candidats doivent être résidents belges depuis au moins un an. C’est un jury international, composé de personnalités reconnues mondialement dans le domaine des arts plastiques, qui établit une liste d’artistes pouvant participer à l’exposition et qui donne les prix. Depuis 1950, toutes ces expositions se sont déroulées au Palais des beaux-arts de Bruxelles (Bozar). De nombreux artistes, aujourd’hui célèbres, reçurent soit un prix, soit furent exposés par cette ASBL. Actuellement quatre prix sont décernés aux artistes : les prix Crowet, Palais des Beaux-Arts, Langui et ING.

En 2013, le Prix de la Jeune Peinture belge est rebaptisé Young Belgian Art Prize.

Paul-Henri Spaak

Paul-Henri Spaak (1899-1972) est un homme politique belge, considéré comme un des pères de l’Europe. Il occupe d’importantes fonctions sur le plan national et international : il est plusieurs fois ministre dans des gouvernements belges de 1936 à 1964, notamment ministre des Affaires étrangères et Premier ministre ; durant la guerre, il est membre du gouvernement belge en exil à Londres, dont le Premier ministre, Hubert Pirlot, dirige l’effort de guerre économique et militaire des Belges libres, avec des combattants en Europe et en Afrique dans l’air et sur terre.