Emaux sur acier

Au début des années 1970, Edmond Dubrunfaut va s’intéresser à une technique à laquelle il n’avait pas encore touché jusque là : il s’agit de l’émail sur céramique ou sur métal. Cette technique offrait au créateur d’art monumental de nombreux avantages, dont celui de la durabilité. Dubrunfaut va vite tirer parti de la solidité de l’émail pour réaliser de grandes compositions destinées à des lieux exposées aux intempéries, à la pollution ou aux autres causes de détérioration.

L’art de l’émail demandait une technique particulière, que Dubrunfaut expérimenta à plusieurs reprises, et qu’il développa. Il nous paraît opportun de revenir quelques instants sur la façon dont procède l’émailleur.

« L’émail est un mélange de silice, de minium, de potasse et de soude. Par une fusion à haute température de ces différents composants, on obtient, après broyage, une poudre incolore, appelée « fondant », qui par sa nature, s’apparente davantage au cristal qu’au verre. On colore ce « fondant » par addition d’oxydes métalliques. Ce mélange est déposé sur un support de métal. (…) L’art de l’émailleur consiste à fixer la poudre d’émail sur son support métallique par de courtes cuissons successives de l’ordre de 800 degrés »[1].

« La technique de l’émail peint consiste à recouvrir une plaque de métal d’une couche d’émail blanc cuite. Le dessin est ensuite appliqué sur le fond blanc. Chacune des couleurs doit être chauffée séparément parce qu’elles n’entrent pas en fusion à la même température. Traditionnellement, on applique les couleurs au pinceau, mais on utilise également la pulvérisation ou la peinture à la bruine »[2].

La technique que Dubrunfaut utilisait était une peinture aux émaux appliquée sur le support soit métallique soit en céramique, à l’aide d’un pinceau. La cuisson permettait de réaliser des œuvres très solides.

Comme pour la lithographie, l’artiste doit faire un effort mental afin de placer les couleurs à l’endroit adéquat, en étant conscient du résultat final obtenu par la superposition des couleurs et la multiplicité des cuissons. Cette « abstraction » s’apparente également à celle qui est nécessaire à l’élaboration d’un carton de tapisserie en noir et blanc.

 

Oeuvres sur émaux

– 1974 : La forêt est proche, peintures aux résines d’acryl, mosaïques, céramiques et béton polychromé, réalisés par Dubrunfaut, Ann Cape, Daniel Maroil et C. Podolski dans une série de petits immeubles du Logis à Watermael-Boitsfort entre 1974 et 1979 (201 m²).

                 Cette réalisation est exemplaire car elle représente la cohérence et la richesse d’une « synthèse des arts », notion développée par Edmond Dubrunfaut qui consiste en un dialogue et une création en commun entre les différents artistes et artisans qui travaillent sur le même projet.

                  Dubrunfaut et ses collaborateurs vont ainsi marier l’art de l’émail, technique nouvellement redécouverte par l’artiste, à la peinture, à la mosaïque mais aussi à l’architecture conçue par J. Eggerick.

                  Cette première expérience de l’émail, bien qu’elle ait parfois créé des résultats inattendus, se révéla très riche car elle démontra qu’il s’agissait d’une technique qui offrait un grand potentiel artistique tout en étant extrêmement solide. Dubrunfaut, conscient de ces potentiels, les utilisa pour de nombreuses autres créations.

– 1974 : Ainsi va la vie, émaux de grand feu sur acier, œuvre de Dubrunfaut seul pour l’Institut royal du Patrimoine artistique à Bruxelles.

– 1975 : Notre siècle, émaux sur acier par Dubrunfaut seul pour le bassin de natation Quinot à Nivelles (40 m²).

– 1976 : En nous regardant vivre, émaux sur acier par Dubrunfaut, Alain Rousseau, Charly Vienne, André Hupet, Daniel Maroil et Jean-Paul Piron, dans les jardins des Anciens établissements Labor à Mons (70 m²). Le monde du travail, hier, aujourd’hui et demain, émaux de grand feu sur acier par Dubrunfaut, Monique Cornil, André Houfflin, Daniel Maroil, Alain Rousseau et les travailleurs des Anciens établissements Crahay, pour les locaux de la F.G.T.B. de Charleroi (140 m²).

– 1981-1986 : Les marais – La grande oseraie, La vannerie, Le grand passage, céramiques et tapisseries pour le bassin de natation de Kain-Tournai (113 m²).

– 1981-1983 : La terre en fleurs, notre espoir, tapisserie, Les hommes morcelés, céramique, Prendre le temps d’aimer, Le temps de la main, émaux sur acier pour la station de métro – Passage Louise, Bruxelles (136 m²). (ill.)

céramique, Prendre le temps d’aimer, Le temps de la main, émaux sur acier pour la station de métro – Passage Louise, Bruxelles (136 m²)

– 1985 : La paix des vergers, céramique pour le Centre de protection civile à Ghlin (75 m²). Une journée d’été en 1984, céramique pour l’École solaire de Tournai (11,2 m²).

– 1986 : Premiers ébats, grès de grand feu pour la façade de la maison Leblois à Tilly (19 m²).

– 1986-1987 : La ligne de vie, céramique et peintures aux résines d’acryl pour le passage sous voies de la gare de Tournai (1475 m²). (ill.)

En 1986-87, Dubrunfaut va réaliser une implantation murale pour le passage sous voies à la gare de Tournai. Celle-ci consiste en 1475 m² d’émaux sur céramique et évoque des scènes de la vie tout au long du tunnel, quelquefois sur fond rouge, quelquefois sur fond blanc, les couleurs de la ville. L’artiste y met en œuvre les techniques d’émaillage qu’il a développées :

« Sur base de trois couleurs (rouge, blanc, bleu, n.d.l.r.), le peintre va réussir à tirer de sa palette des gammes colorées riches, sonores ou assourdies, harmonisées entre elles par la transparence du glacis [1]  solidifié de la cuisson. Pour y parvenir, il multipliera les expériences et les essais, car la peinture sur céramique met en œuvre des techniques spéciales.

Ainsi, pour nuancer et adoucir les valeurs rouges, il utilisera en sur-émail des émaux blancs, tandis qu’avec des émaux roses, il apportera une teinte complémentaire sur les fonds de céramiques blanches où prévalent les traits bleus » [2].

– 1988-1989-1998 : Le long de l’Escaut, céramiques pour le café Le Scaldis à Antoing (38 m²).

[1] Le terme « glacis » est utilisé dans un sens général pour faire référence à l’aspect du glacis utilisé en peinture (ex. Jan Van Eyck).

[2] Idem., p. 28-29.

– 1995-1996 : A la rencontre des chemins et des hommes, céramiques avec Dominique Vandenbroeke, rond-point de Bruyelle à Antoing (85 m²). (ill.)

Edmond Dubrunfaut a réalisé cette œuvre en collaboration avec une céramiste, Dominique Vandenbroucke qui l’a régulièrement aidé en ce qui concerne la céramique et qui lui a enseigné l’art de manier les émaux [1]. Il l’avait choisie comme collaboratrice, quand elle était encore étudiante à l’académie des Beaux-Arts, surtout parce qu’il percevait dans sa manière de dessiner un esprit commun au sien.

[1] Dominique Vandenbroucke est une céramiste expérimentée qui a travaillé à plusieurs reprises avec Edmond Dubrunfaut, depuis 1976.

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