Lithographies

La lithographie est par définition un dessin sur la pierre. Edmond Dubrunfaut a beaucoup utilisé cette technique qui permettait la reproduction d’un dessin, et particulièrement lorsqu’il illustrait un ouvrage, des poèmes, etc.

Cette technique a été inventée en 1796. Le procédé est le suivant : il s’agit de dessiner sur une pierre calcaire préalablement polie et grainée à l’aide d’un crayon lithographique qui a la particularité d’être très gras. La pierre est alors confiée à un imprimeur qui va la chauffer, la préparer et la laver à l’eau, afin que le gras du crayon s’imprègne bien dans les pores de la pierre. Le noir du crayon a disparu mais le gras subsiste. L’imprimeur va encrer la pierre au rouleau, et l’encre va se déposer sur le dessin et va être repoussée par les parties non-dessinées humides. Il pose ensuite un papier dessus et fixe l’ensemble dans une presse lithographique. Il s’agit donc de dessiner « en miroir » par rapport au résultat souhaité, comme c’est la cas pour un carton de tapisserie.

Chaque tirage ne peut contenir qu’une seule couleur, ainsi, quand l’artiste veut réaliser une œuvre polychrome, il doit effectuer plusieurs tirages, et donc plusieurs dessins, ce qui implique un grand savoir-faire. Il faut avoir à l’esprit une bonne idée d’ensemble, savoir décomposer les tons et repérer les zones à colorier. Il existe un procédé de chromolithographie mais Dubrunfaut ne l’a pas utilisé.

On peut aussi réaliser un report direct à partir d’un dessin sur papier réalisé au crayon lithographique que l’on va presser sur la pierre afin que le tracé s’y calque [1].

[1] Explication de la technique basée sur l’ouvrage de G. DENIS, Edmond Dubrunfaut le lithographe, Louftémont, La Louve, coll. Les Inédits de la Louve, 2002, p. 22-23.

Les séries de lithos semblent en général créées pour accompagner un événement ou une publication. L’avantage est la reproductibilité des œuvres et la possibilité de joindre la lithographie aux éditions limitées, ce qui n’est pas faisable avec des dessins. La différence tient plus à la fonction de l’œuvre qu’à son aspect. De plus, la contrainte technique de la lithographie demande une certaine limitation qui n’existe pas avec le dessin. Une série de dessins peut être spontanée (l’artiste a l’idée de faire un dessin, il le fait car il  ses outils sous la main), tandis que la réalisation de lithographies doit être préparée (polissage et grainage de la pierre, rendez-vous avec l’imprimeur…) Il semble que la création de lithographies soit quelque chose de plus conscient que le dessin.

Illustration : Philippe Deltour
Lithographie: Edmond Dubrunfaut
Maurice Des Ombiaux, écrivain wallon

Maurice Des Ombiaux, Le Maugré

En 1986, une nouvelle édition du Maugré [2] de Maurice Des Ombiaux est l’occasion pour Dubrunfaut de réaliser une série de lithographies rehaussées d’aquarelle (ill. 38) illustrant cette œuvre littéraire ancrée dans les traditions wallonnes, et plus particulièrement celle de la région d’Antoing. Il n’est pas étonnant que Dubrunfaut, cet amoureux de la terre qui vécut son enfance dans le coin, et qui fut aussi défenseur des hommes se soit penché sur le sujet.

Comme on l’a dit, les lithographies sont en fait une forme particulière du dessin et lui est d’ailleurs toujours très proche, tant dans le style que dans les thèmes. Cette technique semble à première vue choisie pour la destination des illustrations : un livre. Mais qu’on ne se laisse pas avoir, toutes ces lithos ont été retravaillées à l’aquarelle, les faisant passer d’image infiniment reproductibles à l’image unique.

Cette série de lithographies inspirera un projet plus grand en taille, celui de la peinture murale à Maubray avec les acteurs du Maugré que Dubrunfaut réalisera en l’an 2000 [3] (ill. 37). Ce projet s’inscrit dans une réappropriation des lieux investis par la nouvelle  ligne TGV d’Antoing, car si les nouveaux murs cachent une partie du paysage, son décor évoque une légende locale.

[2] M. DES OMBIAUX, Le Maugré, Bruxelles, Editions Labor, 1ère édition 1911, 1986. Le maugré est une pratique paysanne encore fort ancrée dans les campagnes du 19e siècle. Quand les propriétaires d’une terre héritée de leurs aïeux devaient la quitter à cause des nouvelles lois, le maugré ou mauvais gré leur permettait de faire la justice eux-mêmes, en tuant les bêtes des nouveaux propriétaires ou en réduisant leurs récoltes à néant. 

[3] Les acteurs du Maugré, avec Bernard Dewasme et Dominique Vandenbroeke, acryl, Maubray (72,5 m²).

Devant le mur de Maubray, tenant à la main une esquisse et parlant à des enfants, l’artiste commente le thème : « Les actes du mauvais gré, ce n’est pas une chose qui est souhaitable. Il vaut mieux que la justice se fasse d’une manière plus sereine… ». Dubrunfaut ne cherche nullement à faire de la propagande pour le maugré, mais bien à évoquer un élément qui est ancré dans ce sol, même s’il s’estompe avec le temps, une façon aussi pour les autochtones de réfléchir à leur identité.